Toxicité: La Tunisie prépare une législation pour limiter et éliminer les polluants toxiques dans la peinture

Un projet d’arrêté pour la limitation et l’élimination de certains polluants toxiques, en particulier le plomb, le cadmium, et les solvants organiques (Benzène et Tolyène) dans les peintures fabriquées, importées et distribuées sur le marché tunisien, a été présenté, mardi, à Tunis.

Le projet d’arrêté, dont la version définitive est presque achevée, fixera les limites de plomb et composés à 90mg/kg, du Cadmium et composés à 100mg/kg, de Benzène à 1000 mg/kg de peinture et de Toluène également à 1000mg/kg. Ces substances sont généralement, ajoutés comme pigments pour peinture.

L’objectif de cette réglementation est de parvenir à une gestion rationnelle des produits chimiques tout au long de leur cycle de vie, afin qu’ils soient produits et utilisés de manière, à réduire autant que possible les principaux effets négatifs sur la santé et l’environnement, ont indiqué les intervenants à l’atelier organisé par l’Association d’Education Environnementale pour les Futures Générations AEEFG, le Réseau international pour l’élimination des polluants toxiques, dit IPEN (International Pollutants Elimination Network), les ministères de l’Environnement et de la Santé Publique.

Trente marques de peinture à haute teneur en plomb en Tunisie!

Quelque 30 échantillons de marques tunisiennes de peinture sont à haute teneur en plomb, selon des analyses effectuées par l’AEEFG avec l’appui du réseau « IPEN », dans le cadre d’un projet international, mis en oeuvre depuis 2009, a fait remarquer Semia Gharbi, présidente de l’association et coordinatrice du réseau pour la région MENA.

« Les analyses ont montré que ces teneurs ont atteint, pour certaines marques 170 000 ppm (quantité par unité de surface en milligrammes par centimètre carré (mg/cm2) », a ajouté la responsable, relevant que l’IPEN considère la Tunisie ainsi, comme un « hot spot », par rapport à la teneur en plomb des peintures.

Un travail de coordination et de coopération entre la société civile, les milieux de recherche, les structures gouvernementales (ministère de la Santé et de l’Education …) et des organismes internationaux (IPEN, UNEP), est en cours pour éliminer et limiter ces teneurs, a-t-elle dit, évoquant un projet de collaboration avec le Technopole de Borj Sedria pour lancer un projet de Master sur le devenir des déchets d’emballages des peintures, considérés aussi comme déchets dangereux pour la santé et l’environnement.

Risques sur la santé, les enfants, les plus exposés!

Le plomb en tant que substance chimique toxique a des effets néfastes sur la santé en général et pourrait agir sur la capacité intellectuelle de l’enfant .

L’Organisation mondiale de commerce (OMC) classe déjà le plomb, le cadmium et le benzène parmi les 10 substances chimiques gravement préoccupantes pour la santé publique des personnes particulièrement vulnérables, les enfants, les femmes enceintes (risques d’exposition du fœtus) et les travailleurs.

Les maladies causées par ces substances sont multiples, dont des lésions irréversibles du cerveau et du système nerveux et des troubles de fonction rénale, du système sanguin et de la reproduction.

Les enfants sont la population la plus vulnérable et pour cela, il faut instaurer des lois, sensibiliser sur les dangers des substances chimiques et généraliser la peinture sans plomb pour protéger les enfants, s’accordent à dire les intervenants à cet atelier.

« Les jeunes enfants sont particulièrement, vulnérables aux effets toxiques du plomb, qui peuvent avoir des conséquences graves et permanentes sur leur santé, en particulier sur le développement du cerveau et du système nerveux », confirme Jihen Hssinat, spécialiste en médecine de travail.

Elle a expliqué que le plomb, qui est un métal toxique et cumulatif, peut causer un saturnisme aigu ou chronique, une intoxication aiguë ou chronique, professionnelle ou domestique, par le plomb, ses vapeurs ou ses sels, qui pénètrent dans l’organisme.

« 1% de la population en Tunisie est exposée au saturnisme professionnel, ce qui est énorme », estime la spécialiste, relevant que les activités les plus exposées à ce risque sont la fabrication des batteries, la métallurgie, la soudure, la distribution des carburants et la fabrication des matériaux de radioprotection.

L’Agence Nationale de Contrôle Sanitaire et Environnemental des Produits (ANCSEP) a recommandé, à cet effet, la mise en place d’une réglementation nationale relative à l’interdiction de l’utilisation des pigments de plomb, des agents de séchage et d’autres composés de plomb dans la formulation des peintures, la sensibilisation du public sur les dangers de l’exposition à la peinture au plomb, notamment les enfants et la réalisation d’une enquête pour évaluer l’exposition de la population à ce métal lourd plomb et une étude sur l’imprégnation au plomb par les enfants.

Selon un rapport d’analyse de l’agence, 52 échantillons de peinture sur un total de 72 commercialisés sur le marché tunisien sont non conformes aux normes et contiennent des teneurs élevés de cette substance chimique toxique. Les concentrations de plomb varient de 0,06mg/kg à 26 000mg/kg, selon le même rapport.

La ministre de l’Environnement, Leila Chikhaoui, a indiqué à l’ouverture de l’atelier, que la vision du ministère en ce qui concerne l’élimination des polluants toxiques dans la peinture, sont en cohérence avec l’objectif 3.9 de développement durable (ODD) de l’ONU, d’ici à 2030, qui prévoit de « réduire nettement le nombre de décès et de maladies dus à des substances chimiques dangereuses et la pollution et à la contamination de l’air, de l’eau et du sol ».

« Notre vision est aussi en cohérence avec l’ODD, 12.4, qui vise à instaurer une gestion écologiquement, rationnelle des produits chimiques et de tous les déchets tout au long de leur cycle de vie », a-t-elle ajouté, estimant qu’une peinture sans plomb pourrait être une solution et est toujours « possible ».

Articles récents

A lire également