ROYAUME-UNI : Les effets d’hystérésis de la crise, notamment sur le marché du travail, et les conséquences du Brexit pèsent sur la croissance potentielle.

Date:

La poursuite du rebond de l’économie constaté au T2-21 est contrariée par une recrudescence de la pandémie depuis l’été. L’inflation augmentera dans les prochains trimestres du fait d’effets de base mais son caractère transitoire ne devrait pas conduire la Banque centrale à resserrer sa politique monétaire à court terme.

Dans un contexte de réouverture progressive de l’économie après une campagne de vaccination réussie, l’économie britannique a fortement rebondi au T2-21 (+4,8 % par rapport au T1), tirée par la consommation des ménages (+9,1 % par rapport au T1). En dépit de ce rebond, le niveau de production au Royaume-Uni demeure très inférieur à son niveau d’avant crise (-4,4 % par rapport au T4-19) et se distingue des principaux autres pays développés qui ont d’ores et déjà recouvré une plus large part de leur production.

Les données d’enquête suggèrent une décélération de la reprise de l’économie au T3-21. L’indice composite des directeurs d’achat (PMI) indiquait 55,3 en août, contre 62,9 en mai. Dans le même temps, le volume des ventes de détail au Royaume-Uni a baissé de 2,5 % en juillet par rapport au mois de juin. Les dernières enquêtes PMI et les ventes de détail reflètent la résurgence de la dynamique épidémique depuis le début de l’été. Ce rebond épidémique affecte l’économie du fait du nombre de personnes identifiées par les applications de tracking des autorités de santé comme « cas contact » et devant s’isoler ; cette épidémie de notifications – ou ping d’où le néologisme pingdemic – pèse sur les heures travaillées et la demande dans le secteur des services depuis juin.

L’inflation devrait continuer d’augmenter au T3-21 du fait d’effets de base avant de se normaliser au cours de 2022. La volatilité du niveau des prix est principalement due aux effets de base résultant des prix de l’énergie et aux facteurs transitoires consécutifs à la pandémie comme les baisses temporaires de TVA dans le secteur des loisirs, de l’hôtellerie et de la restauration. Les derniers indices PMI indiquent que les pressions sur les coûts augmentent à un rythme sans précédent depuis 13 ans, les producteurs étant confrontés à des pénuries de matières premières et à des coûts d’expédition élevés, et les prestataires de services à des salaires plus élevés. Nous pensons cependant que le niveau des prix se stabilisera à un niveau proche de l’objectif de la Banque d’Angleterre (2 %) à partir de 2022, car ces facteurs temporaires seront atténués par les dynamiques sur le marché du travail résultant de l’effet d’hystérésis de la pandémie et par la politique budgétaire qui commencera à être moins en soutien de l’économie.

Dans ce contexte, nous ne prévoyons pas de changement significatif dans la conduite de la politique monétaire au cours des prochains mois. À l’issue du dernier comité de politique monétaire (MPC) en août, le taux directeur est resté inchangé à 0,1 % et le montant cible du programme d’assouplissement quantitatif est resté à 895 Mds GBP. Le MPC avait annoncé une décélération du rythme des achats d’actifs en mai, de 4,4 Mds GBP par semaine à 3,4 Mds GBP, reflétant une amélioration de sa perception de l’économie britannique. Malgré cette réduction, l’objectif du programme d’achat sera atteint avant la fin de l’année et une nouvelle réduction du rythme des achats est attendue lors des prochains comités.

La politique budgétaire restera globalement accommodante dans les prochains trimestres, notamment au travers des investissements publics, mais les mesures de soutien vont commencer à s’éteindre dès l’automne 2021 et les impôts augmenteront à partir de 2023. Le dispositif de chômage partiel et l’aide aux indépendants s’interrompront à la fin du mois de septembre 2021, tout comme la majoration des allocations chômage tandis que l’exonération des frais de transaction immobilière a déjà été baissé en juillet et se terminera à partir du 1er octobre 2021, engendrant une baisse du dynamisme des prix de l’immobilier résidentiel en juillet. L’investissement des entreprises sera stimulé par le mécanisme de suramortissement, dit de super-deduction, mais en partie au détriment des investissements ultérieurs qui auront été anticipés. Cette mesure sera suivie d’une hausse de 25 Mds GBP par an de l’impôt sur les sociétés et de l’impôt sur le revenu.

L’augmentation de l’impôt sur les sociétés en 2023, qui passera de 19 % à 25 %, devrait rapporter à elle seule 17 Mds GBP par an.

Le recours au dispositif de chômage partiel continue de masquer la situation sur le marché du travail. Avec près de 2 millions d’emplois toujours concernés au début de l’été, le dernier taux de chômage publié (4,8 % en juillet 2021) n’est pas un indicateur fiable pour évaluer le niveau actuel et futur des capacités inutilisées sur le marché du travail. Jusqu’à présent, nous observons une reprise inégale ; les offres d’emploi pour les plus qualifiés étant plus rares que celles dans l’industrie manufacturière, la construction ou la logistique. L’impact à moyen terme de la crise sur le marché du travail reste un point d’incertitude qui conditionnera en grande partie la reprise économique. Malgré des mesures de soutien et différents dispositifs ciblant l’emploi, nous prévoyons que le taux de chômage augmentera et culminera à 6,9 % au T4-21 dans notre scénario central.

La dette, tant privée que publique, sera l’un des principaux lests hérités de la pandémie. Le ratio dette/PIB a atteint 102 % à la fin de 2020, en hausse de 16 points de pourcentage en glissement annuel, et nous prévoyons qu’il dépensera 110 % en 2024 dans notre scénario central. La dette des entreprises a également cru, soutenue par les systèmes de garantie de l’État et l’assouplissement de la politique monétaire. Le ratio de la dette des entreprises par rapport au PIB est passé de 57 % à 63 % entre fin 2019 et fin 2020. L’augmentation de la dette des entreprises est fortement concentrée sur les PME, qui pourraient être contraintes de se désendetter au détriment de leur capacité d’investissement et faire face à des taux de défaut plus élevés.

Les effets du Brexit ne sont pas encore clairement visibles dans les données de la balance commerciale, mais l’incertitude continue d’entraver certaines activités et les entreprises s’attendent toujours à une baisse du chiffre d’affaires causée par le Brexit, notamment dans le secteur des services. Les statistiques mensuelles de commerce indiquent une réallocation d’une partie du commerce avec l’UE vers des pays hors UE depuis le début de 2021, notamment en matière d’import. La volatilité de ces données suggère toutefois qu’il est trop tôt pour évaluer si cela reflète une perturbation à court terme ou des changements à plus long terme, le commerce ayant concomitamment enregistrée de fortes perturbations liées au Covid19. Jusqu’à présent, l’UE n’a pas estimé que d’autres réglementations financières britanniques étaient équivalentes à celles de ses homologues européens. À cet égard, le protocole d’accord régissant la coopération entre le Royaume-Uni et l’UE27 en matière de réglementation des services financiers signé n’est qu’une mesure technique permettant aux deux parties de poursuivre les négociations, et non un accord sur le fond. La balance commerciale des services britanniques en sera négativement affectée dans les prochains trimestres.

Partager l'article:

Articles Recents

S'abonner

VIDÉOS SPONSORISÉES
VIDÉOS SPONSORISÉES

00:00:30

OPPO Reno12 : L’Alliance Parfaite entre Design, Intelligence Artificielle et Performance

Les séries Reno12 d'OPPO marquent une avancée significative dans le domaine de la photographie mobile grâce à l'intégration poussée de l'intelligence artificielle.
00:02:15

Abdelaziz Makhloufi, PDG de Cho Group, met en lumière l’excellence de l’huile d’olive tunisienne sur BFM Business

Fort de son expertise reconnue dans le secteur oléicole, Abdelaziz Makhloufi, Président-directeur général du groupe Cho, a saisi l'opportunité de l'émission BFM Business pour promouvoir l'huile d'olive tunisienne à l'échelle internationale.
00:00:32

Lancement du nouveau Huawei Nova Y61

Huawei Consumer Business Group annonce le lancement du HUAWEI nova Y61, le plus récent smartphone de la série HUAWEI nova Y.

CONTENUS SPONSORISÉS
CONTENUS SPONSORISÉS

Entrepreneuriat durable en Méditerranée du Sud : Tunis fédère les acteurs régionaux autour d’un Manifeste pour la transition verte

À l’issue d’une conférence internationale à Tunis, les acteurs de l’entrepreneuriat durable en Méditerranée du Sud ont adopté un Manifeste structurant autour de dix axes clés pour accélérer la transition vers l’économie verte et circulaire.

Ramadan : Un Mois Propice pour rompre avec la cigarette

Le mois sacré de Ramadan offre une opportunité unique pour ceux qui désirent se libérer de l'emprise de la cigarette.

OPPO A78, le nouveau smartphone bientôt en Tunisie

OPPO, la marque leader sur le marché mondial des appareils connectés, vient d’annoncer l’arrivée sur le marché tunisien de son dernier smartphone A78, à partir du 1er septembre 2023.
00:03:27

OPPO Tunisie lance les nouveaux smartphones Reno8 T 4G, Reno8 T 5G, un design élégant et une fluidité totale

OPPO vient d’annoncer le lancement, en Tunisie, de ses derniers modèles de smartphones de la série Reno, les nouveaux Reno8 T et Reno8 T 5G, avec une offre spéciale durant tout le mois de mars 2023.

A lire également
A lire également

Choc énergétique : l’Union européenne redoute une crise de longue durée face aux tensions USA-Iran

Le conflit entre Washington et Téhéran s'installe dans la durée. Si les indices boursiers feignent l'optimisme, la réalité du terrain — un détroit d'Ormuz verrouillé et un déficit pétrolier de 16 millions de barils par jour — laisse présager une inflation durable et un coût de 500 millions d'euros quotidiens pour l'Europe.

La zone euro sort enfin des gonds avec une croissance résolument à la hausse

La zone euro a progressé de 0,4% au T1 2026, contre 0,2% précédemment. La France (+0,3%), l'Allemagne et l'Italie (+0,3% chacune) ont porté cette accélération. Mais les prix de l'énergie, qui ont bondi de 60 à 90% depuis les bombardements iraniens, menacent de freiner l'activité.

Économie russe en crise : Poutine annonce des mesures de soutien face à la contraction du PIB

Le déficit budgétaire fédéral russe atteint 4 600 milliards de roubles (58,8 Mds $) au T1 2026. Les recettes pétrolières chutent de 45 %, tandis que les dépenses militaires explosent. Poutine autorise un report de TVA de trois mois pour soutenir les importateurs.

Crise énergétique au Moyen-Orient : la France et la Grèce révisent leurs ambitions pour 2026

La France ramène sa prévision de croissance à 0,9 % pour 2026, tandis que la Grèce table désormais sur 2 %. En cause : les tensions au Moyen-Orient qui perturbent l'approvisionnement en GNL et font bondir les coûts de l'énergie en zone euro.

Commerce international : Pékin muscle son arsenal juridique face aux pressions occidentales

La Chine transforme ses chaînes d'approvisionnement en actifs de sécurité nationale. Le décret n° 834 permet désormais de sanctionner les entreprises étrangères qui rompent leurs liens avec des fournisseurs chinois, exacerbant les tensions avec l'UE et les États-Unis.

EY mars 2026 : croissance zone euro à 1,3 %, accord UE-Inde et risques géopolitiques au cœur des prévisions

Selon EY, les droits de douane américains amputeront de 0,5 point la croissance du PIB de l'UE en 2026. L'accord UE-Inde, conclu en janvier 2026, aura un impact macroéconomique « négligeable » mais des effets sectoriels contrastés, notamment dans le textile et les minéraux.

Déficit commercial UE-Chine : +18 % en 2025, Bruxelles face à un déséquilibre record de 359,8 milliards d’euros

Le déficit commercial entre l'UE et la Chine a atteint 359,8 milliards d'euros en 2025, soit +18 % en un an. Les exportations européennes vers la Chine ont reculé de 6,5 %, tandis que les importations chinoises ont progressé de 6,4 %, selon Eurostat.

Taxe carbone aux frontières de l’UE (MACF) : 75,36 €/tonne pour le 1er trimestre 2026

Le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) de l'UE entre en phase définitive en 2026 avec un premier prix fixé à 75,36 €/tonne. Il s'applique à six secteurs : aluminium, ciment, acier, électricité, hydrogène et engrais.