Zone euro en alerte : quand le Moyen-Orient fait vaciller l’économie européenne

Date:

L'économie de la zone euro donne des signes inquiétants. En mai, l'activité du secteur privé a reculé à son rythme le plus sévère depuis plus de deux ans et demi, sous le double effet de la hausse des coûts énergétiques et de l'érosion de la demande. La Banque centrale européenne (BCE) tire désormais la sonnette d'alarme : le choc actuel pourrait être aussi dévastateur que celui de 2022.

Le signal est clair et préoccupant. L’activité économique dans la zone euro s’est contractée en mai à son rythme le plus soutenu depuis plus de deux ans et demi, sous l’effet conjugué d’une flambée des coûts énergétiques et d’un effritement de la demande. À Francfort, la Banque centrale européenne (BCE) hausse le ton : le choc inflationniste en cours ne sera pas nécessairement plus doux que celui de 2022.

Les PMI signalent une détérioration accélérée

L’indice PMI composite flash de la zone euro, publié par S&P Global, est tombé à 47,5 en mai contre 48,8 en avril. Il s’agit du niveau le plus bas depuis octobre 2023, et surtout d’un recul bien en deçà du seuil de 50 qui délimite croissance et contraction — une bascule qui traduit une dégradation réelle et généralisée de l’activité.

Le secteur des services a particulièrement souffert. Son indice d’activité a chuté à 46,4, un plancher en 63 mois, la hausse du coût de la vie pesant directement sur les dépenses des ménages. « L’économie de la zone euro subit un impact de plus en plus sévère de la guerre au Moyen-Orient », a résumé Chris Williamson, économiste en chef chez S&P Global, au moment de la publication des données.

L’Allemagne et la France ont toutes deux enregistré une contraction. La France accuse même son recul le plus marqué en cinq ans et demi. Selon les modèles de S&P Global, ces chiffres sont compatibles avec une contraction du PIB de la zone euro de 0,2 % au deuxième trimestre.

L’inflation reprend de la hauteur, y compris en sous-jacent

L’inflation annuelle dans la zone euro a progressé à 3,2 % en mai, contre 3,0 % le mois précédent. Le poste énergie est le principal accélérateur : les coûts ont bondi de 10,9 % sur un an — la plus forte hausse depuis février 2023 — en raison des tensions sur l’approvisionnement liées au conflit au Moyen-Orient, qui ont fait grimper les prix du brut.

Au niveau des grandes économies membres, l’Espagne affiche 3,6 %, l’Italie 3,3 % et la France 2,8 %, avec des pressions particulièrement marquées sur les coûts de transport et de carburant.

Ce qui inquiète davantage les économistes, c’est la dynamique de l’inflation sous-jacente, qui exclut énergie et alimentation : elle est remontée à 2,5 % contre 2,2 % en avril. Ce rebond suggère que les tensions sur les prix ne se limitent plus à l’énergie, mais se diffusent à l’ensemble de l’économie — un signal qui complique la tâche de la BCE.

La BCE ne veut pas répéter les erreurs de 2022

Dans un billet de blog publié mercredi, des économistes de l’institution de Francfort ont livré un avertissement sans détour : le choc inflationniste actuel « ne sera pas nécessairement » moins sévère que celui déclenché en 2022 par l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Certes, plusieurs paramètres jouent a priori en faveur d’une moindre ampleur : un niveau d’inflation de départ moins élevé, une demande moins dynamique et un marché du travail moins tendu qu’à l’époque. Mais la BCE relativise rapidement ces facteurs atténuants. La nature mondiale du choc pétrolier et les marges de manœuvre budgétaires très limitées des États membres « font peser des risques inflationnistes plus importants » qu’en 2022.

« Le choc énergétique actuel se déroule dans un contexte radicalement différent de celui d’il y a quatre ans », ont écrit les économistes de la BCE. En particulier, la faiblesse des capacités d’intervention publique réduit la possibilité de recourir à des mesures d’urgence comme les plafonnements de prix, qui avaient permis de contenir partiellement l’inflation en 2022.

Les marchés anticipent déjà une hausse de taux en juin

Les opérateurs de marchés ont rapidement intégré ces signaux. Les taux à terme intègrent désormais pleinement une hausse de 25 points de base de la BCE lors de sa réunion de juin, avec l’anticipation d’au moins deux relèvements supplémentaires d’ici septembre.

La conjonction d’une activité en berne, d’une inflation repartie à la hausse et d’une politique monétaire qui se durcit place la zone euro dans une configuration délicate : le risque de stagflation — contraction de l’activité combinée à une pression persistante sur les prix — revient sur le devant de la scène, quatre ans après l’avoir traversée une première fois.

Partager l'article:

Articles Recents

S'abonner

VIDÉOS SPONSORISÉES
VIDÉOS SPONSORISÉES

00:00:30

OPPO Reno12 : L’Alliance Parfaite entre Design, Intelligence Artificielle et Performance

Les séries Reno12 d'OPPO marquent une avancée significative dans le domaine de la photographie mobile grâce à l'intégration poussée de l'intelligence artificielle.
00:02:15

Abdelaziz Makhloufi, PDG de Cho Group, met en lumière l’excellence de l’huile d’olive tunisienne sur BFM Business

Fort de son expertise reconnue dans le secteur oléicole, Abdelaziz Makhloufi, Président-directeur général du groupe Cho, a saisi l'opportunité de l'émission BFM Business pour promouvoir l'huile d'olive tunisienne à l'échelle internationale.
00:00:32

Lancement du nouveau Huawei Nova Y61

Huawei Consumer Business Group annonce le lancement du HUAWEI nova Y61, le plus récent smartphone de la série HUAWEI nova Y.

CONTENUS SPONSORISÉS
CONTENUS SPONSORISÉS

ESET alerte : le télétravail estival expose les PME tunisiennes aux cyberattaques

Réseaux publics non chiffrés, smartphones personnels sans protection à jour, équipes IT en sous-effectif : l'été redistribue les usages numériques des PME et, avec eux, leur exposition aux cyberattaques. ESET détaille les risques et les parades.

Amen Bank : le PNB bondit de 17,66% au premier semestre 2026

Amen Bank publie des résultats semestriels 2026 en nette progression : PNB à 362,4 MTND (+17,66%), dépôts à 9 332,1 MTND (+7,29%) et coefficient d'exploitation ramené à 35,32%.

Grammer AG en Tunisie : vers un projet industriel de 1 200 emplois dans l’automobile

Grammer AG, équipementier automobile allemand, prospecte en Tunisie pour un projet industriel majeur. La TIA et l'AHK Tunisie accompagnent ce dossier estimé à 1 200 emplois directs, confirmant l'attractivité tunisienne pour les IDE automobiles.

Orange Afrique et Moyen-Orient : d’opérateur télécom à acteur central de l’économie numérique

Avec 179 millions de clients et 47 millions d'utilisateurs actifs d'Orange Money, le groupe transforme son réseau en infrastructure économique à part entière, entre inclusion financière, transition énergétique et accompagnement des startups africaines.

A lire également
A lire également

Dette publique en Europe : le FMI redoute une trajectoire « explosive » d’ici 2040

Selon le FMI, la dette publique en Europe pourrait doubler d'ici 2040 pour atteindre 130 % du PIB. Royaume-Uni, France et Belgique sont particulièrement exposés à cette trajectoire budgétaire jugée insoutenable.

Siemens Energy change de nom pour Omterra et coupe les liens avec Siemens AG

Siemens Energy annonce le rebranding de ses activités et de Siemens Gamesa sous le nom Omterra, rompant le dernier lien de marque avec Siemens AG et générant une économie annuelle sur les redevances de licence.

Russie : le déficit budgétaire explose à 75 milliards de dollars au premier semestre 2026

Malgré des exportations pétrolières au plus haut depuis le début de l'invasion de l'Ukraine, la chute du prix du brut Oural prive Moscou de recettes essentielles, creusant un déficit déjà supérieur de 51 % à l'objectif annuel fixé par le gouvernement.

Dette publique française 2026 : 3 536 Md€, 117,5% du PIB, l’alerte de l’OCDE

3 536 Md€, 117,5% du PIB : la dette publique française atteint un niveau qui interroge désormais épargnants, investisseurs et marchés obligataires sur la soutenabilité budgétaire du pays.

Budget européen 2028-2034 : l’Allemagne réclame une coupe de 400 milliards d’euros

L’Allemagne pousse à une coupe de 400 milliards d’euros du budget européen 2028-2034, jugé inabordable, tandis que son budget de défense atteint 108 milliards d’euros en 2026.

Gaz en Europe : les stocks hivernaux au plus bas depuis 15 ans

Stocks au plus bas, approvisionnement perturbé par le conflit américano-iranien, interdiction imminente du GNL russe : l'Europe aborde l'hiver 2026-2027 dans une position de vulnérabilité énergétique. Les analystes de Goldman Sachs, Wood Mackenzie et Argus Media tirent la sonnette d'alarme.

Allemagne : entre choc énergétique et défis structurels, une croissance sous pression jusqu’en 2027

PIB en hausse de seulement 0,5 % en 2026, inflation à 3 %, secteur automobile sous pression concurrentielle asiatique : les perspectives allemandes restent moroses, malgré le déploiement attendu du plan d'investissement SVIK.

Zone euro 2026 : croissance fragilisée, inflation et BCE sous pression géopolitique

Inflation à 3 %, chômage en hausse, crédit qui se resserre et BCE contrainte à un délicat arbitrage