Longtemps jugés à l’aune de leur couverture réseau et de leur base d’abonnés, les grands opérateurs télécoms d’Afrique et du Moyen-Orient changent de statut. Le rapport de responsabilité sociétale 2025 d’Orange Afrique et Moyen-Orient en apporte une nouvelle illustration : au-delà des indicateurs techniques, c’est une stratégie économique globale qui se dessine, où le réseau devient un levier d’inclusion financière, de transition énergétique et de développement entrepreneurial.
Présent dans 17 pays — du Maroc à la Tunisie, en passant par l’Égypte, la Jordanie ou plusieurs marchés d’Afrique subsaharienne — le groupe revendique désormais 179 millions de clients et près de 19 000 collaborateurs. Une échelle qui en fait l’un des plus vastes réseaux du continent, et un partenaire de poids pour les décideurs économiques de la région, y compris au Maghreb.
Une croissance financière qui confirme la diversification du modèle
Les chiffres publiés traduisent une dynamique commerciale soutenue : le chiffre d’affaires progresse de 12,2% sur un an, tandis que l’EBITDAaL bondit de 14%. Une performance obtenue dans un contexte de forte pression concurrentielle et d’investissements technologiques lourds, qui s’explique surtout par l’élargissement du portefeuille d’activités du groupe.
Les revenus ne reposent plus uniquement sur la voix et la data mobile. Ils intègrent désormais des relais de croissance devenus significatifs : les services financiers via Orange Money, l’énergie solaire, le cloud, la cybersécurité et l’accompagnement des jeunes pousses technologiques. Orange revendique ainsi une position d’opérateur multiservices, où les télécommunications servent de socle à un écosystème plus large.
Orange Money, une infrastructure financière parallèle
L’indicateur le plus parlant reste sans doute celui de la finance mobile : 47 millions d’utilisateurs actifs d’Orange Money, auxquels s’ajoutent 23 millions d’utilisateurs de Max it, la plateforme numérique intégrée du groupe. Dans des marchés où le taux de bancarisation demeure limité mais où la pénétration mobile est élevée, ce service permet transferts d’argent, paiements marchands, réception de salaires et micro-épargne, directement depuis un téléphone.
Pour les petites entreprises et commerçants, cette digitalisation des paiements facilite la gestion de trésorerie et la traçabilité des transactions, un enjeu de taille pour intégrer une partie de l’économie informelle dans des circuits plus structurés. Le groupe évoque déjà des pistes d’extension vers le microcrédit digital, l’assurance mobile et des services dédiés aux entreprises.
Investissements technologiques : IA, cybersécurité et data
Pour soutenir cette croissance, Orange a poursuivi une politique d’investissement soutenue dans l’extension de ses réseaux mobiles et de sa fibre optique, mais aussi dans des domaines plus récents : intelligence artificielle appliquée à l’exploitation des réseaux, cybersécurité, data centers et maintenance prédictive.
Objectif affiché : absorber la croissance du trafic de données portée par la vidéo et le cloud, tout en maîtrisant les coûts d’exploitation grâce à l’automatisation et aux énergies renouvelables. Le nouveau cycle stratégique du groupe, baptisé « Trust the Future » et qui succède à « Lead the Future », déplace ainsi l’accent vers la résilience des infrastructures et la création de valeur durable pour l’ensemble des parties prenantes.
La transition énergétique comme argument économique
Dans plusieurs marchés africains, la fiabilité de l’accès à l’électricité reste un point faible pour les infrastructures télécoms, historiquement dépendantes de générateurs diesel. Le développement de solutions solaires permet à Orange de réduire ses coûts opérationnels tout en diminuant son empreinte carbone — un double avantage financier et environnemental que le groupe présente comme un axe stratégique plutôt qu’une simple contrainte réglementaire.
Le rapport met également en avant des efforts d’économie circulaire — allongement de la durée de vie des équipements, réparation, recyclage — destinés à limiter l’impact de la fabrication des terminaux et des infrastructures réseau.
Un écosystème d’innovation tourné vers les startups
Le groupe structure par ailleurs son rôle d’accompagnateur de l’innovation locale via les Orange Digital Centers, dédiés à la formation numérique et à l’accélération de projets entrepreneuriaux. La logique : soutenir l’émergence d’acteurs africains capables de développer des solutions adaptées aux marchés locaux — fintech, agriculture intelligente, santé numérique, mobilité — plutôt que d’importer des modèles conçus ailleurs.
Cette approche d’innovation ouverte profite aux deux parties : les jeunes pousses gagnent en visibilité et en accompagnement industriel, tandis qu’Orange capte plus rapidement de nouveaux usages et technologies émergentes.
Gouvernance et cybersécurité : la confiance comme actif stratégique
À mesure que les usages financiers et professionnels migrent vers le mobile, la sécurité des transactions et la protection des données personnelles deviennent un facteur de compétitivité à part entière. Le groupe met en avant ses investissements dans la détection des fraudes, la surveillance des réseaux et la conformité réglementaire, avec l’intelligence artificielle comme outil de plus en plus central pour identifier les comportements suspects et automatiser certaines réponses de protection.
Ce que cela signifie pour les marchés du Maghreb
Pour les décideurs économiques tunisiens et maghrébins, cette trajectoire illustre une tendance de fond : les opérateurs télécoms de la région ne se limitent plus à la vente de connectivité. Ils deviennent des partenaires potentiels pour les PME en matière de paiement digital, des acteurs de la transition énergétique des infrastructures, et des interlocuteurs de poids dans les discussions sur la souveraineté numérique et la cybersécurité régionale.
Perspectives : IA, 5G et cloud à l’horizon 2030
Le groupe anticipe une nouvelle phase de croissance portée par l’intelligence artificielle appliquée à l’agriculture et à la santé, le déploiement progressif de la 5G pour les usages industriels, et le développement de capacités cloud répondant aux enjeux de souveraineté des données. Les prochaines années devraient également accentuer la convergence entre télécoms, finance et data, avec un opérateur qui se positionne moins comme un gestionnaire de réseau que comme un architecte d’écosystèmes numériques.
À travers ces résultats, Orange Afrique et Moyen-Orient illustre une mutation plus large du secteur télécom sur le continent : la valeur ne se mesure plus seulement en nombre d’abonnés connectés, mais en capacité à transformer cette connectivité en opportunités économiques concrètes — pour les ménages, les entrepreneurs et les États.
