Tunisie – 2021: une année économique sous haute tension !

L’année 2020, une année difficile qui s’en va, l’une des pires années qu’a connu l’humanité et l’économie nationale depuis l’indépendance. La crise sanitaire vient chambouler l’ordre mondial et faire sombrer l’économie mondiale dans une récession hors-pair. L’économie tunisienne, fragilisée par ses fondamentaux de base, a subi de plein fouet les effets pervers du choc du Covid tant sur le plan macro-économique et micro-économique que social.

Avec une croissance négative atour de -7,3% selon les prévisions de la LF complémentaire 2020, voire une récession de 9,2% selon les dernières estimations de la Banque Mondiale. Les indicateurs macroéconomiques clignotent au rouge avec un déficit budgétaire de 14936 MD, soit 13,4% du PIB et un endettement public autour des 100 milliards de dinars, soit 90% du PIB. Avec un bilan nettement déficitaire notamment sous l’effet du Covid, la situation sociale s’est détériorée davantage pré-annonçant une explosion sociale ravageuse comme en témoigne le nombre de mouvements sociaux enregistrés en 2020, soit 7600 selon les estimations du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES).

Le taux de chômage grimpe pour frôler les 16,2% au terme du troisième trimestre avec 260000 chômeurs supplémentaires. Le dossier El Kamour a également fait partie des principaux dossiers qui ont marqué la fin de l’année 2020 avec la signature de l’accord controversée entre le gouvernement et la coordination d’El Kamour après des mois de blocage et d’arrêt de production. Bref, comme disent les anglais « good bye » 2020 et hello 2021 et croisons les doigts pour qu’elle soit l’année de la fin du cauchemar Covid et l’année du sauvetage de l’économie nationale d’une crise socio-politique aigüe. Outre l’incertitude tournant autour de la crise sanitaire, les tensions politiques et le retard des réformes observées jettent les bases d’une année 2021 sévère et sous haute tension. Le défi est principalement économique et financier.

Le tourisme et la restauration, les secteurs les plus sinistrées; baisse de 64% des recettes touristiques

La production nationale a été comme partout dans le monde, paralysée sous l’effet du covid 19, les mesures du confinement général décrété par le gouvernement et la fermeture des frontières au cours de trois mois. La baisse de la production est généralisée et concerne tous les secteurs d’activité dont essentiellement le secteur des services marchands ou encore le secteur du tourisme et de la restauration. Selon les indicateurs de l’INS, la production des industries manufacturières s’est repliée de 3,2% au terme du troisième trimestre de l’année contre une baisse de 6,8%pour les industries non manufacturières. La valeur ajoutée des services marchands s’est repliée quant à elle de 11,8%.

Au terme du mois de décembre 2020, les recettes touristiques ont baissé de 64 % à 1,9 milliard de dinars. Le chiffre d’affaires global du secteur n’a pas dépassé 1,56 milliard de dinars au cours des 9 premiers mois de l’année, soit à peine 461 millions d’euros, soit 60% de moins par rapport à la même période de l’année précédente. Le nombre de nuitées s’est replié de 80% par rapport à la même période de référence. La perte d’emplois dans le secteur est estimée à 27000 emplois permanents en 2020 sans compter l’emploi informel notamment dans le secteur de la restauration.

Le secteur du transport aérien a profondément pâti de la crise sanitaire. La compagnie aérienne Tunisair a vu sur les neufs premiers mois de l’année son chiffre d’affaires et son trafic passager reculer de près de 75%, conséquence directe de la pandémie de Covid-19. Au cours des neuf premiers mois le chiffre d’affaires de la compagnie nationale tunisienne a reculé de 1336 à 436 millions de dinars, soit de 407 à 133 millions d’euros. Le nombre des passagers a reculé de 73% du nombre de clients sur la période, avec 848.693 passagers contre 2,68 millions sur les neuf premiers mois de 2019.

Baisse de 5,3% de la production industrielle ; la Tunisie contrainte d’importer du phosphate

La production industrielle a enregistré une baisse de 5,3% au cours des dix premiers mois de 2020. Au cours des dix premiers mois de l’année 2020, la production industrielle a enregistré une baisse de 5,3%, par rapport à la même période de l’année 2019. Ce recul est expliqué par la baisse de la production dans les secteurs des industries mécaniques et électriques (-15,8%), du textile habillement et cuirs (-18,4%), des matériaux de construction céramique et verre (-15,0%), de l’industrie du papier et du carton (-12,9%), des industries manufacturières diverses (- 17,9%), de l’industrie du caoutchouc et des plastiques (-11,9%), de l’industrie chimique (-2,7%), de l’énergie (-5,0%) et des mines (-6,2%). En revanche, la production industrielle a enregistré une augmentation dans le secteur de l’industrie agroalimentaire (+5,1%) suite à la hausse enregistrée dans la production de d’huile d’olive, de même la production du secteur du raffinage du pétrole a enregistré une augmentation suite à la reprise de l’activité au sein de la société « STIR ».

Un autre événement marquant de l’année 2020, la Tunisie a été contrainte pour la première fois de son histoire d’importer du phosphate dont les quantités de production se sont réduites passant de 8 millions de tonnes en 2010 à une moyenne annuelle de 3 millions de tonnes depuis 2011 et ce sur fond de hausse des mouvements de protestations et des difficultés financières rencontrées par la GCT (groupe chimique tunisien).

Un taux d’inflation en net repli de 4,9% et hausse des avoirs en devises à 160 jours d’importation à fin décembre

Côté inflation, le Conseil d’administration de la BCT réuni avant-hier a constaté une baisse notable du taux d’inflation en novembre 2020 aux alentours de 4,9% en glissement annuel, contre 5,4% le mois précédent et 6,5% au cours du même mois de l’année précédente. Quant aux principaux indicateurs de l’inflation sous-jacente, la hausse des prix « hors produits encadrés et frais » a maintenu en novembre 2020 son niveau enregistré le mois précédent, soit 4,9%, tandis que l’inflation des prix « hors produits alimentaires et énergie » a poursuivi sa tendance baissière pour atteindre 5,9% contre 6,1% un mois auparavant.

S’agissant du secteur extérieur, le Conseil a également souligné l’importante régression du déficit de la balance des paiements courants au cours des onze premiers mois de 2020 pour revenir à 6,2% du PIB, contre 7,9% durant la même période de l’année précédente. Ce résultat est imputable principalement à la contraction du déficit commercial, suite à la baisse des importations à un rythme plus accéléré que les exportations, en relation notamment avec le fléchissement de la demande intérieure et le ralentissement de l’activité économique, s’ajoutant au fléchissement du déficit de la balance énergétique sous l’effet de la diminution de la demande de ces produits et de la baisse de leurs prix sur le marché international. Il convient aussi de signaler que la réalisation d’un bon niveau des revenus du travail (+7%) a permis de couvrir une partie du déficit, malgré la forte baisse des recettes touristiques de 63,9%. Cette situation a contribué à la consolidation du niveau des avoirs nets en devises qui ont atteint 22.924 MDT ou 160 jours d’importation au 29 décembre 2020 contre 19.125 MDT et 108 jours d’importation à la même date de l’année précédente.

Chômage plus de 69.3 mille personnes ont perdu leur emploi à cause de la pandémie et un taux de pauvreté de 22%

L’impact de la crise sanitaire sur le marché de l’emploi et sur la pauvreté a été désastreuse. Près de 260.000 chômeurs s’ajoutent à la population inactive.

Selo, l’INS, Au troisième trimestre 2020, le nombre des occupés s’établit à 3511.6 mille contre 3404.5 mille au deuxième trimestre de 2020, soit une augmentation de 107.1 mille. Le nombre de chômeurs estimé pour le troisième trimestre 2020 s’établit à 676.6 mille du total de la population active, contre 746.4 mille chômeurs pour le deuxième trimestre 2020. Le taux de chômage régresse au troisième trimestre pour atteindre 16.2%, contre 18% au trimestre précédent., 69.3 mille auraient perdu leur travail à cause de la pandémie Parmi la population au chômage, 69.3 mille auraient perdu leur emploi à cause de la pandémie. Parmi eux, 29 milles n’auraient pas repris le travail malgré le retour à l’activité de leur employeur.

Selon la Banque Mondiale, la pauvreté et la vulnérabilité devraient augmenter et inverser la tendance à la réduction rapide de la pauvreté observée ces dernières années. Le pourcentage de la population « vulnérable » susceptible de basculer dans la pauvreté devrait en outre croître en 2020. En tenant compte d’un seuil de dépenses de 5,50 dollars en PPA, la proportion de pauvres et de personnes vulnérables devrait augmenter de 16,6 à 22 % de la population totale. Le taux d’extrême pauvreté restera cependant inférieur à 1% en 2020.

IDE: 345 opérations d’investissement

Le climat des investissements a été incontestablement biaisé par l’impact de la crise et par l’incertitude qui plane sur le paysage politique et économique.

Selon le bilan de la FIPA, les investissements internationaux en Tunisie ont atteint au cours du premier semestre de l’année le montant de 1113,2 MTND. Comparés aux trois dernières années, ces investissements ont enregistré des variations de -14,2% par rapport à 2019, -2,5% par rapport à 2018 et 14,7% par rapport à 2017. Le flux des IDE hors énergie enregistré au cours du premier semestre de l’année 2020 a permis de réaliser 353 opérations d’investissement d’une valeur totale de 628,3 MTND permettant de créer 4 569 nouveaux postes d’emplois.

Par ailleurs, l’Instance tunisienne de l’investissement (TIA) a annoncé la déclaration de 49 projets (+63% par rapport à un an) durant les onze premiers mois de 2020 pour une enveloppe d’investissement globale de plus de 2 milliards de dinars (-1% par rapport à un an) permettant la création de 12.445 postes d’emploi.

SourceY.G.A

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