Renault promet un futur plus rentable et plus électrique

Renault a promis jeudi de poursuivre ses réductions de coûts et de se concentrer sur une gamme réduite de modèles plus rentables dans le cadre d’un nouveau plan stratégique destiné à sortir le constructeur automobile de la crise qui a suivi le départ de l’ancien PDG Carlos Ghosn et l’épidémie de coronavirus.

Le nouveau directeur général Luca De Meo, arrivé aux commandes du groupe au losange en juillet dernier, souhaite simplifier le processus de fabrication et limiter les dépenses dans des domaines comme la recherche, tout en réduisant la production à 3,1 millions d’unités en 2025, contre 4 millions en 2019.

Le nouveau plan à cinq ans, axé sur l’efficacité et la rentabilité, se démarque nettement de la stratégie élaborée par son ex-PDG emblématique Carlos Ghosn, pris dans des déboires judiciaires liés à des malversations financières qu’il dément.

La stratégie de Carlos Ghosn reposait sur une croissance des volumes de ventes à travers le monde, au détriment de la rentabilité, selon certains experts.

« Nous sommes devenus plus gros mais pas meilleurs », a déclaré Luca De Meo lors d’une présentation en ligne jeudi, ajoutant que la tâche consistait maintenant à « réorienter notre activité de la part de marché vers la marge ».

STREET ART ET MUSIQUE FUNKY

En raison du contexte sanitaire, l’évènement organisé dans un studio de télévision s’est tenu sans public. Sous le slogan « Renaulution » aux allures de street-art et accompagné d’une musique funky, il a donné le coup d’envoi d’une campagne visant à donner au groupe au losange une marge plus jeune et plus moderne.

Comparant Renault à une voiture devenue trop lourde pour son moteur, Luca de Meo prévoit un nombre réduit de plateformes partagées afin de réduire les coûts de 600 euros par voiture d’ici 2023.

La moitié des véhicules lancés par le groupe seront des versions électrifiées d’ici 2025, qui devraient offrir de meilleures marges bénéficiaires que leurs équivalents à combustion thermique. A commencer par une Renault 5 électrique du 21e siècle présentée dans un jaune pimpant, un clin d’oeil à un passé prestigieux qu’affectionne Luca de Meo.

Renault prévoit aussi de réduire d’un an le temps de développement d’un nouveau véhicule, qui sera de moins de trois ans, et confirmé la création d’une nouvelle unité commerciale, appelée Mobilize. Cette dernière sera axée sur les services de données, de mobilité et d’énergie, avec pour objectif de générer plus de 20% des revenus de Renault d’ici 2030.

« Nous passerons d’une entreprise automobile utilisant la technologie à une entreprise technologique utilisant des voitures », a expliqué Luca de Meo, qui dirigeait auparavant la marque Seat de Volkswagen.

Renault s’est ainsi associé cette semaine à l’américain Plug Power dans les véhicules à hydrogène, compte renforcer son partenariat avec Google dans la connectivité embarquée et réfléchit à la construction en France d’une usine de batteries électriques avec un partenaire.

LE TOUR DE VIS CONTINUE

Dans le cadre de ce nouveau plan stratégique, Renault vise une marge opérationnelle supérieure à 3% d’ici 2023 et de plus de 5% d’ici à 2025.

En 2019, la marge opérationnelle de Renault avait reculé à 4,8%. Les résultats 2020, affectés par l’épidémie de coronavirus, seront publiés le 19 février.

Le groupe au losange, qui a accusé en 2019 sa première perte nette en dix ans, compte aussi générer trois milliards d’euros de free cash flow opérationnel de l’automobile en total cumulé d’ici 2023 et atteindre six milliards sur la période 2021-25.

Renault s’est aussi fixé comme objectif de réduire de 2,5 milliards d’euros les coûts d’ici 2023 et de 5 milliards d’ici 2025. Il prévoit également de faire passer les dépenses d’investissement et les coûts de recherche de 10% du chiffre d’affaires à 8% en 2025.

L’ensemble de ces mesures, qui passent également par 15.000 suppressions de postes déjà annoncées, devrait permettre d’abaisser le point d’équilibre – le niveau des ventes à partir duquel le groupe commence à gagner de l’argent – de 30% d’ici 2023.

Cet abaissement fut l’une de recettes du succès de Carlos Tavares, président du directoire de PSA et bientôt directeur général du nouveau géant Stellantis créé avec FCA.

A la Bourse de Paris, l’action Renault progressait à 11h21 de 1,13% à 36,22 euros, après avoir perdu jusqu’à plus de 3%.

Plusieurs analystes ont jugé les objectifs du groupe au losange trop prudents.

« C’est décevant (…) et cela reflète la profondeur des défis chez Renault », a écrit dans une note Philippe Houchois, analyste chez Jefferies.

Renault a souligné que ses objectifs devaient être réalistes pour garantir que ceux-ci puissent être atteints, même dans les pires conditions de marchés vu le contexte sanitaire toujours incertain. La directrice financière Clotilde Delbos a souligné que les objectifs du plan étaient un plancher, et que l’ambition serait de faire mieux.

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