Développement économique: la diaspora mobilisée

Mettre en place une « Diaspora mobilisation act» pour regagner la confiance des TRE est l’une des recommandations d’une étude sur la contribution socioéconomique » publiée récemment.

L’importance de mettre en place une «Diaspora mobilisation act-dima» qui permettrait de regagner la confiance de la diaspora tunisienne, d’optimiser son accompagnement et de consolider sa contribution socioéconomique, a été la principale recommandation d’une étude sur «la Contribution socioéconomique de la diaspora» initiée par l’agence allemande de coopération internationale pour le développement (GIZ) et conduite par le bureau de conseil Deloitte. L’étude a été présentée lors d’un séminaire organisé, à Tunis, par la GIZ, en collaboration avec l’Apii et la Banque centrale de Tunisie (BCT), sur le thème «United Diaspora, la force cachée». Elle a été élaborée dans le cadre du projet «Développement des opportunités d’emploi et d’investissement à travers la mobilisation de la Diaspora/ Progrès Migration» de la GIZ, et parrainée par la BCT.

Transfert de fonds vers la Tunisie
Elle vise à quantifier l’impact économique réel des Tunisiens résidents à l’étranger (TRE), sur l’économie nationale et à élaborer des recommandations destinées à mieux mobiliser la diaspora et à perfectionner les mécanismes mis à sa disposition. Selon le représentant du bureau de conseil Deloitte, Aymen Mtimet, et la représentante de la GIZ, Oula Tarssim, cette étude a permis de révéler que la diaspora tunisienne compte 1.424.386 TRE répartis sur 90 pays. 50% des TRE possèdent un compte bancaire en devises ou en dinars en Tunisie, 72% d’entre eux effectuent des transferts de fonds vers la Tunisie et 66% contribuent aux finances de leurs familles en Tunisie.

Cette étude a, également, montré que les transferts de fonds représentent l’équivalent de 32% des réserves en devises de la Tunisie en 2019 et que la contribution des TRE aux recettes fiscales du pays est de 2%. Par ailleurs, le transfert moyen d’un TRE par an s’élève à 6.866 D. Sa dépense moyenne par séjour est de 1.508 D. Toutefois, seuls 22% des TRE présentent un intérêt pour investir actuellement en Tunisie, en raison d’un manque de clarté sur la situation dans le pays et d’un manque de visibilité sur les opportunités d’investissement. Cette étude épingle de nombreuses défaillances en matière de communication et de mobilisation de la diaspora, à travers le monde et un manque de données structurées et de conscience stratégique des enjeux liés à la diaspora.

Remédier aux contraintes techniques
Elle a permis de mettre en lumière une absence de consensus politique et de leadership institutionnel autour des actions à mener vis-à-vis de la diaspora et les décalages relationnels et techniques entre les institutions en charge des TRE, de leurs investissements et de leurs apports. L’étude a, aussi, mis l’accent sur l’inexistence de programmes et de projets permettant de remédier aux contraintes techniques des institutions en contact avec la diaspora. Le document a permis de dresser un bilan mitigé quant aux dispositifs dédiés à la promotion des investissements de la diaspora et de pointer les lourdeurs législatives décourageant les investissements. Elle a, ainsi, recommandé d’adopter une stratégie nationale de mobilisation de la diaspora, d’identifier la diaspora, de mettre en place les indicateurs de suivi de la contribution des TRE, de digitaliser les services qui leur sont destinés, de mettre en oeuvre une gouvernance effective, efficace et participative de la diaspora et de développer une relation win-win pour renforcer la confiance des TRE dans leur pays. Pour ce faire, les auteurs de cette étude recommandent, fortement, la mise en place du «Diaspora mobilisation actdima » qui permettrait d’avoir un cadre stratégique consensuel de mobilisation de la diaspora, d’anticiper et de tirer profit des dynamiques migratoires, de convertir les potentiels collectifs et individuels, et de sécuriser le lien au-delà de l’ancrage familial. Un groupe de travail sera prochainement mis en place pour proposer le texte et les mesures du Diaspora mobilisation act.

Sources inépuisables d’expertises
La BCT s’engage dans la mise en place un «Diaspora mobilisation act». Assistant à ce séminaire, le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Marouane El Abassi, a souligné « qu’au-delà des chiffres sur la contribution économique de la diaspora, ce qui importe réellement, c’est l’engagement et la solidarité que les TRE manifestent envers leur pays, notamment en ces temps difficiles de pandémie. Notre diaspora n’est pas uniquement une source d’apports en devises, mais surtout des sources inépuisables de compétences, d’expertise, de contacts, de réseaux et d’opportunités de partenariats fructueux pour notre pays». Il a précisé que «la diaspora tunisienne enregistre un investissement productif estimé à 1,7% du PIB de 2019 et 10% du Fbcf (formation brute du capital fixe) de 2018. La part des dépenses de consommation des TRE représente 7,3% du Rndb (Revenu national disponible brut) de 2018».

«La diaspora a contribué à préserver un niveau confortable de nos avoirs en devises en 2020. Au moment où les recettes touristiques ont enregistré une baisse drastique de 64% à cause du covid-19, les revenus du travail ont augmenté de 8,7% ».

Il ajouté que « 50% des TRE possédent un compte bancaire en devises ou en dinars en Tunisie. Nous travaillerons à la BCT pour améliorer ce taux de bancarisation car 72% de nos TRE effectuent des transferts de fonds vers la Tunisie, d’où l’intérêt porté par la BCT à la Bi- bancarisation, et ce, pour des raisons certes économiques, mais aussi sociales, étant donné que 66% des TRE contribuent aux finances de leurs familles en Tunisie, qui demeurent la raison principale des transferts de fonds». «La BCT s’engage pleinement, dans la démarche préconisée par l’étude de mettre en place un « Diaspora mobilisation act» qui serait un recueil des axes stratégiques, des mesures, et des avantages pour la diaspora, ainsi que des modalités de leur mise en œuvre».

«La BCT a opté pour un rôle de facilitateur. Notre vision est de parvenir à simplifier les procédures ayant trait aux TRE. Notre défi est d’être dans une démarche disruptive, constructive d’un nouveau modèle économique avec de nouveaux modes de financement d’une nouvelle économie, basée sur la création et le partage des richesses», a encore souligné le gouverneur.

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