Tunisie – La privatisation et l’assainissement social : Déficit alarmant des entreprises publiques et explosion de la masse salariale

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La réforme des entreprises publiques fait partie des priorités du gouvernement Fakhfakh, tout comme ses prédécesseurs, d’ailleurs. Le Chef du gouvernement vient de sonner l’heure des grandes réformes dont celle des entreprises publiques, dont le déficit cumulé gangrène l’équilibre budgétaire. Faute de bonne gouvernance et d’une gestion adéquates des deniers publics, la majorité de ces entreprises qui constituent le levier économique de la Tunisie après l’indépendance croulent aujourd’hui sous la mase des dettes. Le ministère des Finances vient de publier son rapport sur les entreprises publiques. 95 entreprises publiques ont été couvertes par l’étude sur un total de 110 institutions. Un bilan financier assommant. Des pertes et des subventions estimées à 9 milliards de dinars, soit 8,5% du PIB pour les 31 établissements. Outre les problèmes structurels et conjoncturels liés à la mauvaise gestion, à la hausse des prix des matières premières, la dépréciation du dinar, la montée des mouvements sociaux, le poids financier du capital humain pèse sur le taux de rentabilité et le rendement de la majorité de ces entreprises.

Le rapport classe les entreprises publiques selon le secteur d’activité. Les institutions bancaires, les institutions financières non bancaires, les caisses sociales, le secteur du transport, le secteur de l’énergie et les entreprises relevant du ministère de l’Agriculture et des ressources hydrauliques. 15 institutions ont été exemptées de ce bilan financier et économique dont la BTS, la BFPME et Tunisie Telecom.

Le plan de restructuration adopté pour les trois banques publiques (BNA, STB et BH) semble porter ses fruits. Le produit net bancaire (PNB) des trois banques publiques a enregistré au cours de la période 2016-2018, une hausse de 57%, soit 538 Md. Le résultat net bancaire s’est situé autour de 119,3 mD, soit en augmentation de 43,8%. Les trois banques publiques ont respecté leurs contrats objectifs convenus avec l’Etat à ordre de 100%. Malgré l’amélioration des indicateurs de performance, les trois banques devront poursuivre leurs programmes de restructuration et de modernisation tout en menant à terme le programme d’assainissement financier et humain, l’amélioration des ratios de liquidité, de solvabilité, et du ratio des créances douteuses, tout en adoptant des systèmes internes de gestion des risques.

Les caisses sociales s’embourbent dans un déficit chronique qui traîne depuis longtemps. Selon le rapport du ministère des Finances, l’écart entre les produits et les charges d’exploitation de la CNRPS et la CNSS s’est soldé par un déficit de 1299 MD en 2018 dont 74% revenant à la CNRPS, nécessitant un soutien budgétaire de 200 MD pour contenir un tant soit peu le déficit chronique des deux caisses sociales. Un déficit qui a engendré l’élargissement de leur dette auprès de la CNAM pour atteindre 4691 MD au terme de l’exercice 2018.

Hausse des charges salariales de 40% en 2016 : la STEG en tête du peloton

Pour ce qui est des autres entreprises publiques, selon la même source 23 entreprises publiques ont réalisé, fin 2016, des produits d’exploitation de l’ordre de 21.173 millions de dinars contre des frais généraux composés des salaires et des charges d’exploitation de 20.930 millions de dinars. Le gain ou le profit net réalisé par certaines d’entre elles ne dépasse pas les 170,5 MD. Un profit négligeable qui ne peut guère absorber le déficit alarmant accusé par les autres institutions, s’élevant à 1326 MD. La situation financière accablante de ces entreprises est expliquée par plusieurs facteurs dont notamment par la hausse vertigineuse des salaires en 2016, enregistrant une hausse de 40% par rapport à 2011 pour une charge salariale globale estimée à 2939,3 MD, dont une hausse respective de 48% et de 43%, observée dans la masse salariale de la STEG et du Groupe Chimique Tunisien. Les salaires et les charges courantes des 23 entreprises absorbent ainsi près de101.2% de leurs revenus. Les pertes nettes sont aux alentours de 1155.5 millions de dinars.

Une perte de change de 1500 MD
Hormis les charges salariales, la dépréciation du dinar, les mouvements sociaux et la hausse des prix internationaux de l’énergie et des matières premières a également affecté les ressources d’exploitations de bon nombre de ces entreprises. La STEG a à titre d’exemple enregistré une perte de change de 1500 MD. Les charges financières de l’Office des Céréales ont enregistré une courbe ascendante passant de 86 MD en 2016 à 100 MD en 2018.

Par ailleurs, les grèves à répétitions et les sit-in ont paralysé l’activité de plusieurs institutions publiques engendrant une perte sèche de production et de productivité à l’instar du CPG et du GCT.

La détérioration de la situation financière de la majorité des entreprises publiques continue de peser sur le budget de l’Etat. Le ministère des Finances estime à juste titre que le total des subventions allouées par l’Etat au titre de prime d’investissement et d’exploitation a augmenté, passant de 2102,9 MD en 2016 à 5139,4 MD en 2018, enregistrant une hausse de 144% dont 4000 MD versés au profit de la STEG, la STIR et l’Office des Céréales sans omettre les crédits bancaires et les garanties de l’Etat, évalués à 2592, 7 MD en 2018.

Le déficit des entreprises publiques gangrène les ressources budgétaires de l’Etat et ne fait qu’alourdir la note. Un écart frappant entre les recettes et les dépenses est dès lors observé. Les recettes perçues par l’Etat au titre de ses participations dans les capitaux de ces entreprises lesquelles participations n’ont pas dépassé 263.5 millions de dinars en 2018, soit 5.1% de la valeur globale des transferts financiers publiques décaissés au profit des entreprises.

A ce jour, la situation ne fait qu’empirer. Tel qu’il ressort de ce pré-bilan arrêté au terme de 2018, D’où l’impératif d’une réforme absolue et tous azimuts des entreprises publiques. Chemin faisant, reste à savoir qu’elle voie, compte emprunter le gouvernement Fakhfakh, pour voler au secours de ces entreprises. Pour négocier un nouvel accord avec le FMI. D’autant que le gouvernement s’est déjà engagé formellement, à entamer, sans plus tarder, la réforme des entreprises publiques. Branle-bas et grandes manœuvres en perspective !

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