la Tunisie pourrait également toucher les dividendes de certaines réformes stratégiques adoptées depuis 2015

Après deux années de stagnation (2015 et 2016) à 1%, la croissance devrait rebondir à 2,2 % en 2017, notamment grâce à sa bonne performance au troisième trimestre 2017 (1,9 % en glissement annuel). Sous réserve d’une accélération des réformes structurelles, d’une montée en puissance de l’appareil industriel pour répondre à la demande extérieure, et de l’atténuation du caractère cyclique de la croissance du secteur agricole, le PIB pourrait croître au taux de 2,8 % en 2018 et 3,5 % en 2019. L’atteinte de ces taux sera toutefois conditionnée par la capacité du pays à conforter et poursuivre la croissance de son secteur réel amorcée en 2017, notamment de l’industrie manufacturière et non manufacturière (phosphate, pétrole et gaz) ainsi que des services marchands.

Indicateurs macroéconomiques – Évolution
Depuis 2011, la Tunisie vise à relancer l’économie par la dépense publique. Cette politique, qui a fait de la consommation (publique et privée) le moteur principal de la croissance au détriment de l’investissement public (16,1 % du budget 2017) a généré d’importants déséquilibres macroéconomiques en jetant les bases d’un important « double déficit » (budgétaire et du compte courant). L’enchaînement de déficits primaires liés à l’augmentation des dépenses courantes – en particulier la masse salariale de la fonction publique (41 % du budget en 2017) – a creusé la dette publique (70 % du PIB fin 2017 contre 39,7 % en 2010), principalement libellée en devises, et a déprécié le dinar de 104 % par rapport au dollar EU au cours de la même période. Cette forte chute a contribué à alimenter l’inflation en renchérissant le coût des importations et a contraint la Banque centrale de Tunisie (BCT) à durcir sa politique monétaire en augmentant le taux du marché monétaire (TMM) à 5,22 % en septembre 2017 contre 3,9 % en 2012.

Facteurs positifs
Plusieurs facteurs positifs devraient soutenir la croissance de la Tunisie en 2017 puis en 2018–2019. La politique de sécurité instaurée après les attentats de 2015 a clairement porté ses fruits, notamment vis-à-vis du tourisme, dont l’augmentation de 32 % en 2017 devrait améliorer la balance des paiements et contribuer à stabiliser le dinar. La production et les exportations de phosphate ont fortement rebondi, et l’investissement (étranger et national) commence à afficher des signes de reprise. La Tunisie continue également de bénéficier d’un solide appui de la communauté internationale. La croissance devrait également bénéficier de la poursuite de la reprise dans la zone euro, amorcée en 2012, en particulier en Espagne, Allemagne et France, et qui devrait tirer les exportations à la hausse. Enfin, la Tunisie pourrait également toucher les dividendes de certaines réformes stratégiques adoptées depuis 2015, telles que la Loi du 27 novembre 2015 sur les partenariats public-privé et celle du 30 septembre 2016 sur l’investissement visant à dynamiser le taux d’investissement conformément au Plan stratégique de développement 2016–2020 qui prévoit son augmentation de 19 % du PIB en 2016 à 24 % en 2020.

Facteurs négatifs
Depuis 2011, les comptes publics du pays ont continué à se détériorer. Dominée par les dépenses courantes (72 % du budget en 2017), la dépense publique ne correspond pas aux besoins d’investissement, notamment dans les infrastructures, requis pour maintenir la compétitivité à long terme du pays. Malgré quelques avancées, les progrès des réformes structurelles appuyées depuis 2013 demeurent limités en raison de la résistance au changement du modèle de développement qui a accompagné l’économie tunisienne depuis les années 70. L’accélération des réformes demeure néanmoins incontournable pour que la Tunisie continue de bénéficier de l’appui des partenaires au développement et de la confiance des marchés pour le (re)financement de sa dette. Les autres facteurs négatifs à moyen terme sont une détérioration de la sécurité due à la crise libyenne et une possible résurgence de conflits sociaux liés à la réforme du secteur public et à la détérioration du pouvoir d’achat. Les vulnérabilités macroéconomiques se sont aggravées. La dette publique est estimée à 70 % du PIB à la fin de 2017, le compte courant affiche un déficit à deux chiffres, et les réserves internationales de la Banque centrale ont baissé. Reflet de la fermeté des autorités, la loi de finances 2018 vise à réduire le déficit budgétaire à moins de 5 % du PIB, mais cet ambitieux objectif ne sera pas facile à atteindre. La stratégie fiscale de l’État et une réforme complète de la fonction publique devront être mises en œuvre. Une réduction des subventions à l’énergie, qui profitent de manière disproportionnée aux plus riches, et la poursuite de la réforme de la sécurité sociale peuvent aider à stabiliser les déficits publics et la dette. Un autre défi majeur pour les années à venir est de lever les principaux obstacles à la croissance et à la création d’emplois – notamment en simplifiant le cadre réglementaire pour résoudre les problèmes de prêts non productifs et de gouvernance des banques publiques, et ainsi élargir l’accès des petites et moyennes entreprises au financement bancaire. La Tunisie pourrait également adopter un plan pour stimuler de nouvelles industries à fort potentiel compétitif, susceptibles d’absorber le vaste réservoir de travailleurs qualifiés sous-employés du pays.

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