Une plainte internationale visant TotalEnergies pour complicité de crimes de guerre

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TotalEnergies fait face à une plainte pour complicité de crimes de guerre, torture et disparitions forcées au Mozambique. L’affaire relancée après la reprise en octobre 2025 du gigantesque projet gazier d’Afungi, qui ravive la colère des populations et les inquiétudes sécuritaires.

Le Centre européen pour les droits de constitutionnels et humains (ECCHR) a annoncé, le 18 novembre, avoir déposé une plainte contre TotalEnergies et contre X pour complicité de crimes de guerre, de torture et de disparitions forcées au Mozambique. L’organisation met en cause le rôle présumé du groupe français dans les événements de 2021, année où son mégaprojet de gaz naturel liquéfié (GNL) dans la province de Cabo Delgado a été frappé par une attaque d’insurgés islamistes.

Selon l’ECCHR, TotalEnergies aurait soutenu matériellement la Joint Task Force (JTF) — un ensemble de forces armées mozambicaines — accusée d’exactions commises entre juillet et septembre 2021 sur le site d’Afungi. La plainte a été déposée auprès du Parquet national anti-terroriste (Pnat).

Le groupe n’a pas commenté l’annonce. En mars, il avait déjà indiqué être visé par une information judiciaire pour homicide involontaire liée à ses opérations mozambicaines, procédures qu’il «rejette».

Le traumatisme de l’attaque de 2021 et l’arrêt forcé du projet gazier

En mars 2021, un groupe affilié à l’organisation État islamique a pris d’assaut la ville portuaire de Palma, à proximité immédiate du site d’Afungi. L’attaque a fait de nombreuses victimes civiles et contraint TotalEnergies (détenteur de 26,5 % du projet) à déclarer la force majeure, retirant tout son personnel.

Après plus de quatre ans d’interruption, cet état de force majeure a été levé en octobre 2025, permettant la reprise progressive du projet évalué à 20 milliards de dollars (17,15 milliards d’euros).

Une « forteresse gazière » qui nourrit frustration et colère locale

La relance du chantier n’a pas ravivé l’économie locale, au contraire. Les habitants de Palma, qui avaient massivement investi dans des hôtels, restaurants et services de transport en vue d’accueillir les employés du groupe français, ne voient toujours aucune retombée concrète.

Fernando Cuna, hôtelier de 59 ans, est l’un des nombreux entrepreneurs qui attendaient l’arrivée des équipes du projet. Quatre ans plus tard, les travailleurs restent invisibles. Le revenu moyen local, inférieur à un dollar par jour, rend le manque de retombées d’autant plus insupportable.

Pour des raisons de sécurité, TotalEnergies a adopté un modèle d’opération strict :
• entrée sur site uniquement par voie aérienne ou maritime ;
• confinement du personnel au sein d’une enceinte sécurisée ;
• acheminement des fournitures principalement par bateau.

Résultat : l’économie de Palma, déjà fragile, s’effondre.

Des entrepreneurs locaux affirment subir des pertes majeures

Cinq hommes d’affaires ont confié à Reuters que leurs activités avaient décliné depuis l’instauration du confinement opérationnel. Un restaurateur a perdu un contrat après que son client sous-traitant a intégré la zone sécurisée. Un autre indique que ses produits périssent faute d’acheteurs.

Lors d’une réunion en septembre, Maxime Rabilloud, directeur général de TotalEnergies au Mozambique, a assuré que les achats locaux allaient augmenter avec la levée de la force majeure et que la nourriture destinée aux quelque 2 000 ouvriers provenait «majoritairement de fournisseurs locaux».

Une situation sécuritaire qui s’aggrave malgré la présence rwandaise

Depuis 2021, les forces rwandaises épaulent l’armée mozambicaine. Leur intervention avait permis de réduire le nombre d’insurgés de 3 000 à environ 500, selon plusieurs analystes. Pourtant, les attaques ont nettement augmenté ces derniers mois. L’ONU prévient que la violence envers les civils pourrait atteindre un niveau record en 2025.

Comme le souligne Nicolas Delaunay (International Crisis Group), la «forteresse» d’Afungi contraste fortement avec la hausse des attaques autour, renforçant l’idée que les ressources sont prioritaires sur les populations.

Dans la région, les taux de malnutrition, d’analphabétisme et de scolarisation sont inférieurs à la moyenne nationale. Les communautés côtières, majoritairement musulmanes, se sentent depuis longtemps marginalisées. Emilia Columbo, ex-analyste à la CIA, estime que la reprise du projet nourrit le discours insurgé selon lequel «le gouvernement cherche à profiter des pauvres».

Un projet stratégique pour le Mozambique, mais des revenus lointains

Le gouvernement mozambicain affirme que la stabilité s’améliore et nie avoir délaissé les civils. Il rappelle que le projet GNL doit permettre de diversifier les revenus et de créer des emplois.

TotalEnergies prévoit un début de production en 2029, mais les coûts auraient augmenté de 4,5 milliards de dollars durant la suspension. Le groupe demande à prolonger le développement et la production de dix ans.

Or les revenus du gaz serviront d’abord à rembourser les investissements : le Mozambique ne percevra pas de montants significatifs avant au moins une décennie. Maputo craint que tout dépassement budgétaire n’allonge encore ce délai.

Les forces rwandaises peinent à contenir les insurgés

Malgré leur présence, les troupes rwandaises seraient «davantage passives» selon quatre experts en sécurité. Les insurgés, désormais retranchés dans la forêt de Catupa à 140 km au sud de Palma, multiplient les attaques audacieuses.

Selon Peter Bofin (ACLED), le silence ou la résignation de certaines communautés face aux insurgés renforce la confiance de ces derniers.

À Palma, des investisseurs comme Manchuma, restaurateur de 44 ans, témoignent d’un avenir compromis : licenciements, matériel inutilisé, pertes financières. «Si j’avais su, je n’aurais jamais investi autant dans un endroit sans avenir», déplore-t-il.

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